Note trimestrielle T1 2019 – « Le Désert des Tartares »

Note trimestrielle Invest AM

Rédigée le 10/04/2019 par Gilles Etcheberrigaray, DG Invest AM

 « Le Désert des Tartares »

Dans le roman de Dino Buzzati, le héros guette sans relâche les signes d’une éventuelle apparition de « l’ennemi ». Le livre est peuplé de signes avant-coureurs et de diversions puis finalement, l’attaque tant redoutée mais également espérée, finit par avoir lieu.  Cette atmosphère d’attente fiévreuse, mais également de doute nous semble tout à fait convenir pour décrire l’état d’esprit des marchés à l’heure actuelle. Néanmoins, avant d’évoquer notre analyse sur les perspectives à moyen terme, nous n’allons pas bouder notre plaisir d’évoquer des performances qui effacent totalement ou quasi totalement les pertes de 2018.

A/ Un rebond qui est le revers de la crise anormale de décembre

Fin 2018, nous avions pu constater l’enchainement de deux baisses brutales : l’une démarrée en octobre correspondait à une correction des excès des valeurs internet qui nous paraissait relativement normal. En revanche, nous avions été surpris par l’ampleur et l’étendue de la seconde (cf la note précédente) qui avait touché l’ensemble des marchés actions mais également de nombreux secteurs obligataires. Nous avions à l’époque analysé cette chute brutale comme étant la conjonction de 3 phénomènes :

  • La baisse de liquidité usuelle à la fin de l’année qui amplifie les mouvements. La nouveauté provient probablement du rôle des robots de trading qui ne respectent pas la trêve des confiseurs
  • Une crainte irrationnelle d’une récession imminente
  • Des risques politiques qui se sont accumulés sur cette période (Brexit, shutdown – rupture budgétaire dans la fonction publique américaine, guerre commerciale sino-américaine)

Deux mois plus tard, cette analyse est confirmée puisque la liquidité est revenue et les craintes de récession se sont éloignées. La géopolitique s’améliore avec la fin du shutdown et la perspective d’un accord sino-américain. Seul le Brexit semble tourner en gag Monty Pythonien ! Mais tant qu’une majorité du Parlement souhaite éviter la sortie sans accord, les conséquences seront limitées comme le montre la remarquable stabilité de la devise britannique durant cette période mouvementée. En conséquence, nous constatons une hausse de la plupart des marchés qui sont revenus globalement aux niveaux de fin novembre.

B/ Les conséquences de cet épisode

En revanche, cet épisode aura eu pour conséquence un changement total de position de la Federal Reserve qui a abandonné toute perspective de hausse des taux pour se mettre en « pause ». Cette dernière s’annonce probablement définitive et vient clore le cycle de hausse amorcé en décembre 2015. C’est une bonne nouvelle à court terme. Elle a largement participé à la dynamique de hausse depuis le début d’année. Elle a également été amplifiée par le message très conciliant de la BCE qui semble repousser « sine die » toute perspective de hausse des taux. Ces différentes annonces ont permis une baisse mondiale des taux longs. Si l’on ajoute une baisse des prix du pétrole amorcée au trimestre dernier, l’ensemble des facteurs qui mettaient l’économie américaine sous pression se sont retournés et ont probablement retardé la récession de quelques mois.

La phase de rattrapage de l’épisode de décembre s’achève et il ne reste plus qu’un éventuel armistice commercial entre les USA et la Chine ainsi que des perspectives plus favorables pour l’automobile européenne pour pouvoir propulser les marchés un peu plus haut dans les prochains mois. L’espoir des marchés est que l’accélération de la croissance chinoise qui s’ensuivrait permettra de compenser un ralentissement américain qui se poursuit inexorablement.

En conclusion,

Nous allons profiter de l’optimisme ambiant pour diminuer très progressivement notre exposition car nous pensons que le cycle économique américain reste la force dominante des marchés mondiaux.

Nous sommes convaincus qu’une récession est inéluctable même si le cycle économique actuel deviendra en juin le plus long de l’histoire.

A la différence du roman cité plus haut, cela ne prendra pas vingt ans pour que la crise arrive et nous espérons l’affronter en meilleure forme que le héros du livre !

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