« Love song for a vampire » de Annie Lennox (ex. Eurythmics) est la chanson du film « Dracula by Bram Stoker » réalisé en 1989 par Francis Ford Coppola. Ce film reprend le célèbre roman néogothique écrit en 1897 par Bram stocker qui introduisit pour la première fois la figure de Dracula. Pour créer ce personnage, l’écrivain s’est partiellement inspiré de l’histoire du Voïvode de Valachie Vlad III dit tépes (l’empaleur) ou bien Draculea (le fils du dragon) selon les points de vue. Ce dernier, entre autres choses, exécuta une partie de sa noblesse en s’appuyant sur une armée de paysans libres. Mais « Vlad l’empaleur (d’actions) » est également le surnom qu’Elon Musk (fondateur de Tesla et homme le plus riche de la planète) vient de donner à Vlad Dennev, cofondateur d’une autre icone des marchés actuels : le courtier en ligne Robinhood (robin des bois en français). Ce courtier a séduit plus de 13 millions d’américains grâce à une offre de courtage gratuit dont l’interface est proche d’un jeu vidéo. L’arrivée de ces millions d’investisseurs a eu un impact certain sur la structure des marchés financiers comme l’illustre les récentes péripéties du titre Gamestop et de Robinhood. Nous allons tenter de décrypter cette tendance dans notre nouvelle chronique mensuelle.

Une nouvelle approche de l’investissement

Gamestop est la plus grande société de distribution de jeux vidéo au monde avec environ 5500 magasins situés dans le monde  (dont Micromania en France). N’ayant pas investi dans la transition digitale et voyant ses ventes régulièrement baisser, ce titre avait la particularité d’être l’un des plus « shorté » du moment avec des ventes portant sur 144% de sa capitalisation boursière. Le short, aussi appelé vente à découvert, signifie que l’on emprunte un titre que l’on vend pour ensuite essayer de le racheter moins cher. On peut donc emprunter un montant supérieur à la capitalisation de celui-ci. Au cours de l’été dernier, certain gérants (dont M. Burry qui avait connu une certaine gloire lors de l’éclatement de la bulle des subprimes en anticipant la baisse, ce qui lui a valu d’être personnifié à l’écran dans le film « The big short ») avait identifié cette valeur comme étant potentiellement sous-évaluée. Cette idée a été reprise par un forum appelé Reddit Wallstreetbets dont le but est de permettre aux investisseurs particuliers d’échanger sur des opportunités boursières embrassant la fameuse approche « YOLO » (You Only Live Once : devenir vite riche ou bien mourir en essayant). Ces derniers ont eu l’idée de se coordonner afin d’organiser un « short squeeze » (action qui vise à essayer de faire monter significativement le prix de titres vendus à découvert afin de forcer les vendeurs à se racheter à un cours plus élevé). Mais, comme on n’arrête pas le progrès, ils l’ont également accompagné d’un « gamma squeeze » qui est un concept assez similaire mais en utilisant des options sur titres. Cette opération a été une réussite spectaculaire puisque le titre Gamestop, titre le plus échangé en volume pendant quelques jours à New-York, est passé de 4 à 483 USD au plus haut le 27 janvier, provoquant par la même occasion une multiplication par plus 100 de la capitalisation boursière de la société. Notons également que cela valu à un titre minier australien qui partage le même mnémonique (GME) une hausse de plus de 30% en deux jours.

 

Le succès de l’opération a fait des émules sur d’autre titres plus ou moins en perdition (AMC, Blackberry, Nokia en Europe) dont le seul point commun était de faire l’objet de ventes à découvert très importantes. Tout ceci s’est déroulé sous le regard ébahi des opérateurs financiers et celui enthousiaste des médias ravis par cette histoire de Davids particuliers contre Goliaths financiers. Ainsi, Melvin Capital, un Hedge Funds pourtant réputé, a perdu plus de 30% de son actif et a été contraint de monter en urgence un plan de sauvetage de 2,8 milliards de dollars pour éviter la faillite.

Même si tout ceci est bien réel, les rumeurs de prise de pouvoir des investisseurs individuels et de disruption de l’industrie financière nous semblent prématurées. La révolution semble avoir un peu tourné court avec le titre Gamestop revenu à 50 USD. A terme, la morale de l’aventure sera probablement encore moins enthousiasmante puisque les grands gagnants de l’histoire seront avant tout les intermédiaires financiers. On comptera également quelques Hedge Funds qui ont investi dans le bon sens à la hausse ou à la baisse. Du coté des particuliers, on trouvera quelques gains spectaculaires mais surtout un océan de pertes avec un titre qui revient inexorablement vers les 20 dollars.

Un épisode révélateur

Au-delà des avanies des différents participants, cet épisode est révélateur de l’évolution des marchés avec deux phénomènes.

D’une part, le retour des investisseurs particuliers qui sont désormais mieux informés et disposent d’instruments plus sophistiqués avec une tarification plus compétitive. C’est un développement pérenne et positif pour les marchés à moyen terme car il faut bien reconnaître que l’intérêt de ces derniers a permis, dans un premier temps, d’identifier et de revaloriser un titre ignoré par les opérateurs professionnels. Néanmoins, ce phénomène a un côté plus obscur, conséquence indirecte du confinement qui, pendant un temps, n’a laissé subsister que les marchés financiers comme seul exutoire aux penchants pour le jeu. Ainsi, nous partageons totalement le point de vue de M. Burry déjà cité plus haut et désormais célèbre pour avoir participé au « big short » des subprimes ainsi qu’au « big squeeze » Gamestop : la gamification et les transactions gratuites sont contre productives et poussent les investisseurs à favoriser le trading sur l’investissement long terme. Ces applications génèrent avant tout de la volatilité et des flux d’ordres qui sont ensuite achetés par des intermédiaires financiers. Ces derniers fournissent ensuite aux clients de l’application une exécution très dégradée. Généralement quand c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit !

Enfin, nous avons désormais deux types d’intervenants complétement insensibles aux fondamentaux : d’une part les banques centrales qui achètent les actifs financiers dans un objectif de politique économique et d’autre part une fraction significative d’investisseurs qui ne se soucient que du « sentiment » ou bien du momentum d’un actif : outre les titres déjà cités, on peut parler des cryptodevises ou encore du véhicule électrique qui partagent l’insigne honneur de faire l’objet de tweets réguliers de la part d’Elon Musk nouveau Tweeter en chef des marchés financiers et gourou de l’investissement « YOLO ». Ceci complique clairement notre approche basée sur les fondamentaux mais cela ne la neutralise pas pour autant.

La gestion de nos portefeuilles

En effet concernant la gestion financière, nous avons la conviction que les fondamentaux (analyse économique, valorisation) sont comme la gravité : on peut s’en affranchir temporairement mais ils finissent toujours par redescendre sur terre. Nous préférons donc poursuivre avec discipline notre approche qui, certes, nous limite dans la participation à certaines hausses significatives mais nous permet d’éviter des chutes spectaculaires. De ce point de vue, l’évolution depuis le mois de mai dernier des marchés pétroliers avec un triplement des prix du pétrole dans une indifférence quasi générale nous convient très bien. Cela nous permet d’investir sur un marché en hausse mais en ligne avec des fondamentaux que nous maîtrisons !

 

Le point sur les performances de nos portefeuilles depuis le début de l’année

 

Fonds Latitude :

  • Invest Latitude Patrimoine - part A (SRRI 4) : 0,9% vs. 1,2% pour la moyenne des fonds concurrents (catégorie Morningstar Allocation Prudente – International)
  • Invest Latitude Equilibre - part A (SRRI 4) : 4,5% vs. 3,4% pour la moyenne des fonds concurrents (catégorie Morningstar Allocation Flexible – International)
  • Invest Latitude Croissance – part A (SRRI 5) : 7,5% vs. 3,4% pour la moyenne des fonds concurrents (catégorie Morningstar Allocation Flexible – International)

 

Gestion pilotée :

  • Profil modéré : 2,1% vs. 1,2% pour la catégorie Morningstar Allocation Prudente – International
  • Profil équilibré : 3,8% vs. 3,4% pour la catégorie Morningstar Allocation Flexible – International
  • Profil dynamique : 6,2% vs. 3,4% pour la catégorie Morningstar Allocation Agressive – International

 

Données arrêtées au 09/02/2021 l Source : Invest AM, Morningstar TM, Quantalys, Bloomberg l Classements Morningstar et Quantalys susceptibles d’évoluer dans le temps l SRRI ou échelle de risque allant de 1 - 7. A risque plus faible (1), rendement potentiellement plus faible, - risque plus élevé (7), rendement potentiellement plus élevé l Les performances affichées pour la gestion pilotée représentent la performance moyenne des portefeuilles de référence des différents assureurs. Elles sont calculées nettes de frais de gestion prélevés par Invest AM mais hors frais d’enveloppe (frais de contrat pour les assurances vie et droit de garde pour les comptes titres) l Les performances passées ne constituent pas un indicateur fiable des performances futures et ne sont pas constantes dans le temps.