Certains de nos lecteurs auront reconnu la chanson phare du film « La folle histoire du monde, partie 1 » de Mel Brooks. Cette chanson mixant marseillaise et rap fut l’un des premiers succès du hip hop en France au tout début des années 80. Dans l’un des sketchs du film, Mel Brooks interprète un Louis XIV assez frivole qui passe son temps à dire « c’est bon d’être le roi ». Mais, c’est en réalité l’article dans le Financial Times de Bill Gross (surnommé en son temps « le roi des obligations ») titré « les vrais rois des marchés obligataires sont assis sur le trône de la Federal Reserve » qui nous a inspiré le titre de cette chronique mensuelle.

En effet, il nous permet d’aborder le rôle central et fondamental pour l’évolution des marchés que tiennent selon nous les banques centrales. Depuis quelques années, à leur rôle traditionnel et déjà important de fixation des taux courts, s’est ajouté la perception que ces dernières maitrisaient également entièrement les taux longs à travers les politiques d’achat d’obligations. Mais, la remontée significative des taux depuis le début de l’année montre que le contrôle n’est pas total et que les marchés peuvent encore réagir aux évolutions des politiques monétaires. C’est tout particulièrement vrai pour la plus importante d’entre elle : la Réserve Fédérale des Etats-Unis (plus simplement connue sous le terme « Fed ») qui va maintenant devoir s’exprimer sur sa stratégie de sortie de crise mais également mettre en œuvre une politique qui risque de ne pas satisfaire tous les intervenants.

La federal reserve au pied du mur !

Jusqu’à présent, la Fed a pu éviter d’annoncer des perspectives concrètes concernant l’évolution de sa politique monétaire en s’abritant derrière le fait que l’épidémie de Covid était toujours active. Or, la qualité des chiffres en provenance d’outre atlantique (même si certains d’entre eux peuvent décevoir à la marge) et les niveaux de vaccination qui permettent d’anticiper une réouverture imminente de l’économie américaine, avec une annonce officielle prévue pour le 4 juillet prochain, rendent cette position intenable. Les gouverneurs de la banque centrale vont donc devoir communiquer lors de leurs prochaines réunions sur la trajectoire future de la politique monétaire.

A la différence des interventions précédentes qui étaient unanimement saluées par les marchés, la tâche qui attend les gouverneurs de la Fed s’annonce cette fois compliquée que ce soit dans son objectif mais aussi dans son rythme.

En effet, la banque centrale va devoir donner des précisions sur deux objectifs contradictoires :

  • d’une part, réduire ses mesures de soutien avec la fin très progressive du programme d’achat de bons du trésor qui permet de maintenir des taux artificiellement bas et donc stimule l’économie, les marchés et à terme l’inflation ;
  • d’autre part, ne pas apparaitre comme trop laxiste afin que les craintes inflationnistes ne s’implantent pas durablement.

Quoiqu’il en soit, il ne faut pas oublier que ce qui compte vraiment n’est pas tellement la politique effectivement annoncée (qui devrait être extrêmement prudente) mais, à l’instar de la secousse de décembre 2018 ou bien de celle de mai-juin 2013, la perception qu’en auront les différents acteurs du marché.

Des décisions qui auront un impact direct sur différents marchés

En effet, la trajectoire de la politique monétaire qui va être annoncée risque de faire des gagnants et des perdants. Si elle apparait comme trop agressive dans sa politique de sortie, les marchés les plus risqués risquent de souffrir avec pour conséquence une correction significative envisageable sur les marchés actions et probablement un rebond du dollar US. En revanche, si la perception dominante est celle d’un certain laxisme, les anticipations inflationnistes risquent de s’amplifier et la partie longue de la courbe va être plus difficile à contrôler induisant une remontée des taux qui risque de pénaliser certains secteurs comme l’immobilier aux Etats-Unis ou encore les valeurs technologiques.

Au-delà des choix de court terme, il viendra un temps ou les taux courts faibles voire négatifs (comme en Europe) qui soutiennent les valorisations des marchés actions et obligataires deviendront incompatibles avec les pressions inflationnistes. Nous n’en sommes pas encore là mais les années qui viennent, les circonstances et l’appréciation des marchés risquent d’être moins favorables aux banquiers centraux.

Pour conclure, il nous parait clair que les annonces que la Fed va égrener au cours de l’été vont être déterminantes pour l’évolution des différents marchés dans la deuxième partie de l’année. Nous allons donc continuer à scruter les annonces des différentes banques centrales qui nous apparaissent comme des acteurs déterminants des marchés actuels. Nous espérons seulement qu’elles ne finiront pas comme Louis XVI.